Lundi 7 Septembre J-4 : « La catastrophe climatique nous guette et le monde a les yeux rivés sur vous.» Fixons un prix du CO2!

Comme vous avez pu le constater, il n’y a pas eu d’article Dimanche. En fait, les négociations étaient en pause pour laisser le temps aux équipes ministérielles qui planchent maintenant sur l’accord de prendre connaissance de l’ébauche de texte qui leur a été remis par les négociateurs.

De mon coté, j’en ai profité pour travailler sur ce nouveau design qui je l’espère vous plaira. J’ai aussi changé de plateforme pour bénéficier de plus d’outils. Il est maintenant possible de commenter individuellement chaque article et de s’inscrire à une newsletter automatique pour être prévenu lorsqu’un nouvel article est publié.

 


Mais revenons à ce qui vous intéresse. Nous sommes Lundi, la fermeture de la COP c’est Jeudi dans 4 jours et le brouillon d’accord comptait à la fin de la semaine dernière une petite centaine (et non des moindres) d’options à trancher.

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Des centaines de personnes se sont rassemblées Dimanche pour promouvoir les énergies renouvelables

Voyons ensemble comment s’organisent les négociations de cette dernière semaine. Jeudi soir à 18h la centaine de ministres qui travaillent actuellement sur l’accord devront rendre leur copie avant les dernières vérifications juridiques et la traduction du texte.

Laurent Fabius préside un « comité de Paris » qui se réunira chaque jour pour faire le point sur l’avancée des négociations. Ce groupe de travail sera ouvert à tous les observateurs et retransmis en direct sur les écrans du centre de convention et le site internet de l’ONU. Ce dispositif est assez exceptionnel car les observateurs étaient habituellement rarement invités lors de la deuxième semaine ou pendant les intersessions de Bonn (des réunions qui ont permis d’arriver au brouillon de rapport sur lequel se basent les négociations depuis l’ouverture de la COP).

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Plusieurs pays pauvres (G77) se sont félicités de cette organisation. Laurence Tubiana, cheffe de la délégation Française a déclaré : « Ce comité a un rôle décisif. Il est garant d’une vision globale des débats. Pendant plus d’un an et demi, le travail s’est fait en silo, sur des points très précis ». Ici encore, on remarque la volonté d’ouverture affichée par la présidence Française notamment à destination de la société civile. Bon point les gars !

En début de journée, Ban Ki Moon s’était exprimé pour ouvrir cette deuxième semaine :

« La catastrophe climatique nous guette et le monde a les yeux rivés sur vous. Le monde attend de vous plus que des demi-mesures. Les décisions que vous prendrez ici à Paris se feront sentir pendant des siècles.

L’objectif actuel est le strict minimum ; nous devons avoir l’ambition d’aller au-delà. Il faut donc que l’accord prévoie des cycles de cinq ans, dès avant 2020, pour que les États réexaminent leurs engagements et les renforcent en fonction des données scientifiques disponibles.

Nous devons bien faire comprendre au secteur privé que la transformation qui nous dotera d’une économie mondiale à faibles émissions est inévitable, bénéfique, et déjà en cours.

Hors des salles où nous nous réunissons, partout dans le monde, on réclame un accord universel et fort. Ce n’est pas une simple vague de soutien : c’est une vague qui déferle. Nous avons l’obligation d’entendre ces voix»

Ban Ki Moon, Secrétaire Général de l’ONU – Lundi 7 Décembre 2015

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Pour avancer sur les points de désaccords, 4 groupes de travail ont été constitués. Chacun d’entre eux sera présidé par un duo de ministre Nord/Sud (issus des précédentes présidences de COP) pour faciliter les compromis entre les deux groupes :

  • le groupe « moyens de mise en œuvre » sera chargé de travailler sur l’épineuse question des financements et de transferts technologiques ;
  • le groupe « différenciation » doit trancher sur les mécanismes de différenciation entre les pays du Sud et les pays du Nord ;
  • le groupe « ambition » pour régler la question du seuil à ne pas dépasser (1,5°C ou 2°C) et du mécanisme de révision des engagements ;
  • le groupe « pré-2020 » chargé de discuter des actions à mener avant la mise en œuvre de l’accord de Paris.

Le World Ressources Institute (une ONG américaine très influente) a salué les choix de casting et d’organisation de la présidence de la COP :

« Le ministre Fabius est l’homme des heures à venir. La présidence française a construit les conditions d’un accord, maintenant elle se met vraiment à la tâche. »

 


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Aujourd’hui s’ouvrait également la ZAC « Zone Action Climat », quartier général de la Coalition Climat au 104 dans le XIXe arrondissement de Paris. Jusqu’à la fin de la COP, ce lieu de rendez-vous habituel des artistes se transforme en centre de conférence alternatif. Présentations, débats et ateliers sont programmés tout au long de la journée et chaque jour à 18h, une assemblée générale fera le point sur les négociations. Vous pouvez retrouver l’ensemble du programme ici.


Breaking COP News :

Petit tour d’horizon des nouvelles fraîches du jour
  • 70 prix Nobel interpellent François Hollande et « tous les pays de la planète pour qu’ils prennent des mesures décisives »
  • 36 pays lancent une alliance mondiale pour développer la géothermie
  • Laurent Fabius annonce 10 milliards d’euros pour les énergies renouvelables en Afrique

 


 

Topo : Un prix du carbone ?

La finance au secours du changement climatique ?
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Jusqu’à la fin de la COP, en fonction de mon temps disponible, je vais profiter de ces articles pour faire une petite synthèse sur certains enjeux clés autour du climat et de l’énergie. Bien souvent, je ne suis pas spécialiste de ces enjeux mais j’espère pouvoir vous transmettre quelques clefs de compréhension. N’hésitez pas à poser des questions en commentaires ou à me corriger si des erreurs se glissent dans mes explications.

Aujourd’hui je m’intéresse à la finance -souvent pointée du doigt- qui commence à prendre très au sérieux la question du changement climatique. Et on va le voir, c’est une bonne nouvelle !

C’était un des signaux faibles importants de ces derniers mois (vous savez, le fameux alignement des planètes). Le 29 Septembre dernier, Mark Carney, le président du FSB (le Conseil de Stabilité Financière, une des institutions financières les plus importantes de la planète) a prononcé un discours qui est passé complètement inaperçu du grand public mais qui fera sans doute acte dans l’Histoire de l’économie mondiale.

Mark Carney (également directeur de la Banque d’Angleterre) a ainsi déclaré que le changement climatique présentait un risque systémique majeur pour l’équilibre de la finance mondiale à cause de 3 facteurs :

  • l’augmentation des risques liés aux catastrophes naturelles (la capacité des infrastructures à s’adapter, les mécanismes d’assurances…)
  • la responsabilité des états et des entreprises face au réchauffement climatique (le risque que les citoyens et les états victimes du changement climatique demandent réparation)
  • les mécanismes de transitions énergétiques (laisser 80% des réserves d’énergie fossile dans le sol pour rester sous la barre des 2°C ?)
Pour les plus courageux voici quelques extraits de son discours commentés par les journalistes de la BBC : 

Vous allez me dire que jusque là, vous voyez pas ce que ça change. Ok. Sauf que depuis la crise de 2008, le FSB est mandaté par le G7 (90% du PIB mondial) pour faire des propositions concernant les mécanismes de régulation à mettre en place pour limiter les risques d’effondrement sur les marchés financiers. La prise en compte des risques du changement climatiques dans ces mécanismes est donc une avancée considérable. Par exemple, quand le fond Norvégien (710 milliards de dollars d’actifs) décide de retirer tout son argent des énergies fossiles c’est légèrement plus efficace que lorsque vous coupez l’eau du robinet pour vous laver les dents.

Cette idée de désinvestissement fossile (voir le mouvement Divest-Invest) est un peu plus vieille et date de Janvier 2014 et représente un exemple de levier d’action financier contre le changement climatique.

Il y en a d’autres.

Par exemple, les Green Bond qui permettent aux acteurs économiques publiques et privés d’émettre des obligations vertes pour attirer des investissements issus de fonds « responsables » lors du lancement d’un projet à caractère environnemental… Ce mécanisme est souvent fortement critiqué car il ne permet pas toujours de garantir la transparence des sources et de la destination des financements.

Mais incontestablement, la question d’attribuer un prix au carbone revient de plus souvent sur la table et est poussée par de nombreux économistes de tous bords. En début de COP21, 6 chefs d’états dont François Hollande, Angela Merkel se sont associés à la Banque Mondiale et au FMI pour demander la fixation d’un prix au carbone.

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Cette question n’est pas à l’ordre du jour officiel des négociations de la COP21. En fait, cette question n’est pas incluse dans la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique (CCNUCC) qui fixe le mandat et le cadre d’organisation des Conférences des Parties. Cependant, de nombreux observateurs étatiques, civils ou privés attendent de cette COP21 des annonces quant à la mise en place d’un prix du carbone.

En d’autres termes : l’accord de Paris ne fera sans doute pas mention d’un prix du carbone (sauf peut être une note de bas de page précisant que c’est une bonne idée…) mais le rassemblement de la COP21 peut permettre le rapprochement de plusieurs acteurs pour converger vers l’établissement d’un prix du carbone.

Ça veut dire quoi mettre un prix du carbone ?

Une phrase célèbre stipule que l’énergie (ou le pétrole) c’est le sang de l’économie. Pour extraire des matières premières, les transporter, les transformer en produit, transporter ce produit, l’utiliser, le recycler (si c’est possible), il faut de l’énergie. En physique, l’énergie c’est l’unité de mesure des transformations du monde. En fonction du type d’énergie et de l’efficacité énergétique du procédé (la quantité d’énergie nécessaire par unité de produit/service), tous les produits/services n’ont pas le même impact sur le changement climatique.

Mettre un prix du carbone, c’est attribuer un prix à la tonne de CO2. Pour chaque produit/service, on va ensuite calculer la quantité de gaz à effet de serre émise lors de sa fabrication/transport/utilisation (= son impact sur le changement climatique) et répercuter cette grandeur sur le prix du produit/service.

Pourquoi mettre un prix au carbone ?

Ainsi, « mécaniquement » les activités polluantes deviennent moins intéressantes à travers le prisme économique. Au contraire, les solutions d’économies d’énergie ou propres en carbone deviennent plus compétitives. Pour beaucoup, fixer un prix au carbone permettrait de fournir un signal fort pour flécher les investissements vers les solutions contre le changement climatique. Isoler sa maison permettrait de faire beaucoup plus d’économies, les centrales à charbon fourniraient une électricité beaucoup trop chère…etc. Petit à petit, le monde économique s’adapterait pour ne garder que les solutions compatibles avec un réchauffement climatique limité.

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Comment faire ?

C’est là que le consensus s’arrête. On est alors face à trois questions :

  • Par quels moyens instaurer ce prix du carbone ?
  • Que faire de l’argent récolté ?
  • Quel prix attribuer au carbone ?

Concernant les moyens de mise en oeuvre, il existe deux approches qu’il ne faut pas forcément opposer :

  • un système de marché de quotas : dans ce cas, les entreprises doivent acheter des « droits à polluer » sur des marchés financiers où les prix sont régulés pour permettre une baisse des émissions d’année en année. Le prix dépend ici de la demande (les pollueurs) et de l’offre (les régulateurs). Ce système s’applique à une zone géographique (exemple du marché de quota européen). Il y a donc possibilité de trouver des accords multilatéraux entre différents états ou régions du globe.
  • une taxe carbone : chaque produit (par exemple l’essence) est taxé à hauteur de ses émissions. Les prix sont fixés individuellement par les états puisque la fiscalité est une mission nationale.

Concernant la question de la redistribution, il n’y a pas vraiment de règle pour l’instant. De nombreuses pistes sont explorées (redistribution universelle, abaissement d’autres impôts, apéro géant…etc). C’est certainement sur ce point que des innovations sont attendues.

Enfin concernant le prix, de nombreux travaux existent et convergent pour un prix aux alentours de 100€ la tonne de CO2 à la fin du siècle. Bien sûr, pour laisser le temps à tous les acteurs économiques de s’adapter et de choisir les solutions « compatibles climat », il est important d’instaurer un mécanisme de montée en puissance de ce prix d’ici là. D’autres questions se posent sur la pertinence d’instaurer un prix unique au niveau mondial ou plusieurs ensembles de prix afin de s’adapter aux rythmes de développement hétérogènes de tous les états.

Mais imaginez, aujourd’hui à la COP21, les pays du monde entier s’entre-tuent pour trouver 100 milliards de dollars (0,13% du PIB Mondial). Chaque année, nous émettons environ 40 milliards de tonnes de CO2. Je vous laisse faire le calcul de ce qu’une tonne de CO2 à 100€ pourrait rapporter chaque année…

Où en est-on ?

Aujourd’hui, de nombreux pays (Chine, France, Suède…), groupes de pays (Europe), régions (Alberta, Californie…) expérimentent des systèmes de prix du carbone. Reste maintenant à savoir quel mécanisme (ou ensemble de mécanismes) adopter.

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