Témoignage au Procès des décrocheurs à Nancy et soutien à la Convention Citoyenne pour le Climat

Il y a quelques jours, je devais intervenir en tant que témoin au procès des décrocheurs de portraits d’Action Non Violente COP21 à Nancy. Le tribunal a jugé que mon témoignage n’était pas utile. C’était ma première expérience judiciaire. Ce que j’ai pu y observer est caractéristique des blocages qui nous empêche notre société de mettre en œuvre la transition climatique.

Rappel des faits :

Virginie, Thomas, Johan et Nathalie étaient jugées pour avoir « volé » un portrait du Président de la République dans plusieurs mairies autour de Nancy. En décrochant ces portraits, les militants souhaitaient interpeller sur le décrochage entre les objectifs climatiques inscrits dans la loi et la courbe réelle des émissions de gaz à effet de serre françaises qui ne baissent pas suffisamment vite. Des actions similaires ont été menées dans toute la France pour interpeller l’opinion publique. En réponse, des moyens énormes ont été déployés par l’état pour décourager ces actions poursuites pour vol aggravé en réunion, Bureau de la lutte antiterroriste, mobilisation du Service central de renseignement criminel … Dans le cas du procès de Nancy, ce sont plus de 22h de garde à vue pour les 4 prévenus et plusieurs perquisitions qui ont eu lieu pour quelques photos à 15€ pièce. Si vous en payez, je vous laisse juger de la bonne utilisation de vos impôts.

Le procès

Afin d’aller au bout de leur action et continuer d’interpeller l’opinion, les militants ont souhaité plaider l’état d’extrême nécessité alors qu’il y avait d’autres recours possibles moins risqués. Mon rôle était de témoigner de l’urgence de la situation et du décalage entre les grands objectifs nationaux et leur mise en œuvre sur le terrain. Le juge et ses assesseurs ont estimé qu’ils connaissaient déjà les enjeux du changement climatique, je cite « Vous allez encore nous parler du changement climatique c’est ça ? ». Sur cette base, ils n’ont pas jugé que mon témoignage méritait d’être entendu par le tribunal.

Pourtant, quelques minutes plus tard, le président a affirmé qu’il y avait encore débat sur l’urgence du changement climatique. Il a également reproché à certains prévenus de ne pas voter alors que c’est un moyen d’interpeller les politiques sur le sujet. Il a affirmé que beaucoup de choses étaient déjà faites dans ce pays (qui n’était qu’une toute partie du problème) et que si ces militants n’étaient pas contents de notre gouvernement, ils devaient quand même respecter les principes de son élection démocratique.
Nous en sommes donc encore là : le constat scientifique n’est pas partagé même parmi les classes intellectuelles supérieures de notre pays. Accepterions-nous de laisser notre justice à quelqu’un qui soutien que la Terre est plate ? Pire, les ordres de grandeurs des actions à mettre en place pour réellement répondre au problème ne sont pas connus par nos décideurs.

Quelques rappels qui auraient certainement été utiles aux juges :

1) Nous suivons actuellement une trajectoire de +4°C de réchauffement climatique d’ici 2100. A ce stade, la survie des éco-systèmes et des sociétés humaines est menacée. Pour comprendre ce chiffre, je vais prendre un exemple d’actualité (la canicule). A partir de 2070 nous risquons des vagues de chaleur de plus de 100 jours avec des pics en journée entre 40°C et 50°C. A cette température, notre corps n’est plus capable de se réguler seul. Soit on confine toute la population en milieu climatisé 100 jours par an soit on a des morts en pagaille qui nous feront regarder la crise du covid en 2019 avec un peu de recul.

2) Pour changer de trajectoire, nous nous sommes engagés dans la loi française à diviser par 6 nos émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050. Pour cela, les émissions doivent baisser de 4 à 5% par an dès aujourd’hui. Pour comprendre ce chiffre, je vous invite à essayer ce site : http://mission-climat.io. Il permet à chacun d’observer l’impact de telle ou telle mesure sur les émissions et sur la trajectoire de dérèglement climatique associée. Voici quelques exemples des ordres de grandeurs : il faudrait dès 2030, diviser par 2 l’usage de la voiture, rénover la moitié des logements, remplacer tous les chauffages au fioul, diviser par 3 la consommation de viande et de produits laitiers, diviser par 10 la quantité de textiles neuf, diviser par 2 la quantité de matériel informatique ou téléphone, Supprimer quasi intégralement l’usage de l’avion pour des déplacements en France ou en Europe.

3) Nous ne sommes absolument pas sur le bon rythme de réduction. Tout le monde est d’accord avec l’objectif (limiter le dérèglement climatique à +2°C). Par contre, on refuse d’agir de manière proportionnée d’ici 5 ou 10 ans pour être en mesure d’atteindre un jour cet objectif. Tout se passe comme si on avait tous pris un engagement pour perdre 10 kg d’ici la fin de l’année sans modifier nos modes de vie avant le 20 décembre.

4) Face à ce constat, interpeller notre gouvernement sur la question est une action nécessaire. Elle n’est évidemment pas suffisante. Elle doit s’accompagner de remise en question individuelles sur nos modes de vie. Cependant, l’état, les entreprises, les collectivités locales maîtrisent 75% des marges de manœuvres (aménagement du territoire, production agricole, innovation…). Les récents basculements écologistes aux municipales devraient d’ailleurs être un élément démonstrateur essentiel.

Mon ressenti personnel : la violence de nos institution

Pour finir, j’en profite pour témoigner sur ce que j’ai ressenti personnellement pendant cette audience. Mâle, blanc, cis au capital économique et socio-culturel élevé, c’est la première fois que je ressens autant la violence de nos institutions. Pour moi qui plaçais en elles tous les espoirs construits par mon éducation, c’est la désillusion. J’imaginais que la Justice défendait le bien commun. J’ai observé une institution française qui s’acharne sur 4 citoyens à qui nous devrions plutôt dire merci pour leur mobilisation et leur engagement. Si les enjeux étaient réellement partagés, si nous connaissions toutes et tous la gravité de la situation nous devrions tous faire comme Nathalie, Johan, Virginie et Thomas. Ces personnes ont décidé de dédier leur vie à la question climatique. En remerciement, l’institution leur a interdit de faire entendre leurs témoins puisqu’en dehors de mon cas, tous les autres témoins ont été rejetés pour des raisons administratives ou judiciaires absurdes qui ont rendues furieux leurs avocats.

Personnellement, j’ai d’abord été fortement impressionné par le cadre et l’institution. Par cette huissière qui a tout fait pour me mettre mal à l’aise. Par ce juge qui ne m’a pas dit bonjour, qui ne me regardait pas quand il me parlait, qui ne faisais aucun effort pour que ses questions soient audibles. J’ai eu l’impression d’être arbitrairement dépossédé de mon pouvoir d’agir par une bande de mâles blancs de 60 ans qui ne veulent pas ouvrir les yeux sur la situation.

Leur position dans la société prouve qu’ils sont intellectuellement tout à fait capables de comprendre les données du problème. Mais ils ne veulent pas les voir. Ils n’ont pas voulu m’entendre. Comment expliquer un tel déni ? Certes, ils ne seront plus là pour essuyer les plâtres du monde qui se dessine de jour en jour. Peut-être ont-il beaucoup à perdre dans une transition écologique réussie ? Peut-être que c’est très difficile de revenir sur 50 ans de choix personnels qui constituent le cœur de votre identité. N’empêche, ces personnes porteront une lourde responsabilité dans les crises qui adviendront.

Soutenons la Convention Citoyenne Pour le Climat

Les solutions à la crise climatique sont connues. Jusqu’à présent, nos décideurs justifiaient leurs inaction par la faiblesse de l’acceptabilité sociale de ces transformations. La Convention Citoyenne pour le Climat vient de prouver le contraire. Lorsqu’un panel de citoyens représentatif de la société est formé aux enjeux, ce blocage disparaît, le consensus autour de mesures proportionnées devient possible. Les premiers sondages montrent que 75 % des français sont favorables à ces mesures en dehors des épouvantails médiatiques qui concentrent les débats sur 1 ou 2 mesures. Par une formidable expérience démocratique, 150 citoyens nous ont offert 400h de travail bénévole chacun pour répondre à un problème qui nous met TOUS en danger de mort. Maintenant il est de notre responsabilité de les soutenir, de faire parler de leur travail, d’interpeller nos élus pour qu’ils répondent aux enjeux. Mettons nos décideurs face à leurs responsabilités. Si le soutien populaire remporte le rapport de force, ils n’auront pas d’autres choix que de défendre le bien commun. Faisons de cet instant un point de bascule.

Pour finir de vous en convaincre, une vidéo de soutien à la CCC :

Détail des propositions : https://propositions.conventioncitoyennepourleclimat.fr/

Reportage de FR3 sur le procès : https://www.youtube.com/watch?v=oryMoVhKaP8&feature=youtu.be

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